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COVID-19

Avant-après : comment le covid-19 réinvente l'open innovation dans la Silicon Valley

January 4, 2021

Tout le monde doit innover.

Ce qui ressemble au titre d'un livre à succès est pourtant une évidence, et les grands groupes l'ont bien compris. Le problème, c'est qu'innovation et grande entreprise est un oxymore. Par leur nature, ces dernières n'ont pas la culture de l'innovation, tendent à limiter la prise de risque et disposent de processus lourds et contraignants à l'intérieur desquels l'innovation ne peut pas vivre. Pour y remédier, l'open innovation constitue un levier de développement à forte valeur ajoutée. Le but est d'investir au sein de startup existantes ou d'accompagner des talents internes dans une démarche intrapreneuriale. 


Pendant la ruée vers l'or, on cherchait avec avidité les fameuses pépites dorées. Aujourd'hui, l'or est virtuel, intellectuel, numérique et scientifique. Pour le détecter, il faut être bien préparé, surtout quand le covid-19 nécessite de s'adapter à une nouvelle réalité. 

Les pratiques de l'open innovation avant la pandémie

Dans un environnement concurrentiel, les grands groupes ont investi sur l'identification des pépites technologiques susceptibles de s'intégrer dans leur écosystème. C'est notamment le cas des learning expeditions, de la création d'un « poste avancé ​» (outpost) dans la Silicon Valley, de l'organisation de concours de pitch, et d'une implication soutenue au sein des incubateurs et accélérateurs technologiques innovants. Ce qui comptait, c'était d'être présent sur place, de rencontrer les bonnes personnes et de s'introduire dans les bons réseaux. Même si l'innovation est numérique, le physique était indispensable.


De manière plus traditionnelle, les entreprises s'associaient à des fonds de capital-risque, prenaient des participations ou créaient leur propre fonds d'investissement corporate, afin de gagner du temps et de profiter de l'effet réseau. On peut aussi souligner les partenariats académiques grâce aux collaborations avec des universités (chaire, projets pédagogiques…), les contrats de recherche (exemple du Palo Alto Research Center) pour complémenter la R&D interne, et la création de laboratoires locaux.

Les pratiques de l'open innovation aujourd'hui

Alors que la pandémie de covid-19 a fait bouger toutes les lignes, l'open innovation évolue également. Exemples et illustrations.

L'innovation à distance grâce au numérique

Désormais, le repérage se fait à distance et la présence physique n'est plus indispensable. C'est ainsi que Telefónica devrait rapatrier ses équipes en Espagne pour faire le travail qu'elles faisaient dans la Silicon Valley. Paradoxalement, cette situation offre un champ d'investigation beaucoup plus large qui ne se limite pas à la région de San Francisco. La puissance des outils numériques avec l'utilisation de filtres de recherche intelligents permet de repérer les futurs talents, startup et projets prometteurs dans tous les pays. C'est, par exemple, le cas de Topio Networks, NineSigma, ou Netbase quid qui peuvent déterminer qui prend de l'ampleur, qui gagne des clients, qui lève des fonds, quels sont les retours sur les réseaux sociaux, et qui peuvent proposer des startup en adéquation précise avec les besoins technologiques des entreprises.

Ensemble et à distance pour exister

Le numérique a pris l'ascendant sur le physique et on trouve désormais des concours et compétitions à travers des incubateurs virtuels. Dans un souci d'efficacité dans la recherche de clients ou de financement, les startup non concurrentes se regroupent pour mutualiser leurs chances. On voit même se développer des hackathons multimarques où des startup travaillent sur un thème commun avec un prisme propre à chacune.

Le venture building : pour internaliser l'open innovation

Puisque le travail peut se faire plus rapidement et à distance et que la pression économique du court terme se fait sentir, l'impatience grandit : chaque dollar investi doit avoir du rendement. Pour se réinventer, l'open innovation mise alors sur le venture building pour construire sa pépite en interne, ou pour y injecter des compétences entrepreneuriales externes. Si le phénomène n'est pas totalement nouveau, il s'accélère en raison du covid-19 qui crée de l'incertitude et des attentes plus élevées en termes d'innovation. 

Changer la culture

L'innovation est une question d'état d'esprit. C'est pourquoi il existe des ateliers de « transfusion culturelle ​» virtuels (Culture Transfusion Bootcamps) pour changer la culture et l'état d'esprit des grandes entreprises. On peut citer Plug and Play ou les Virtual Learning Expeditions de RealChange par exemple. Dans 90% des cas, l'open innovation ne fonctionne pas ou fonctionne mal, car la culture corporate n'est pas prête à accepter les nouvelles idées et les faire évoluer en mode expérimental et frugal. Les bootcamps transforment en profondeur les managers et directeurs avec des challenges, des ateliers de résolution de problèmes, de pensée créative et des rencontres avec des entrepreneurs. Une démarche qui se vit à présent à distance.



Dans un monde où l'information est à la portée de tous, l'esprit de la Silicon Valley peut-il survivre si le digital rend l'innovation universelle ? La réponse est oui, car c'est à la fois une question d'état d'esprit, mais aussi d'écosystème. Et ce dernier est très résilient ! Les startup et les fonds de capital-risque sont toujours là. Sans compter que l'open innovation a aussi besoin de la disponibilité de talents avec des compétences pointues pour accompagner la croissance exponentielle des projets innovants. Et c'est aussi ce que l'on trouve dans la Valley.